Horlogers célèbres

Horlogers célèbres

Cadran solaire

Cadran solaire

Horloge à feu

Horloge à feu

Horlogerie médiévale

Horlogerie médiévale

Chronomètre de marine

Chronomètre de marine

Clepsydre

Clepsydre

Horlogerie du XIXe siècle

Horlogerie du XIXe siècle

Horlogerie du XXe siècle

Horlogerie du XXe siècle

L’histoire de l’horlogerie est celle d’une conquête millénaire, qui a vu le genre humain s’approprier petit à petit les territoires dévolus au Temps. Depuis l’invention des premiers mécanismes d’écoulement des durées jusqu’au développement des garde-temps les plus en pointe, aboutissements d’un savoir-faire mondial et millénaire, l’histoire de l’horlogerie s’apparente à une quête du Graal dans laquelle l’essentiel est moins la finalité que l’exploration des mystères du temps qui passe.

L’histoire de l’horlogerie : les premiers temps

S’il est bien un secret que l’Homme a perpétuellement cherché à dompter, c’est bien celui du Temps. À la fois inconsistant et insaisissable, et pourtant terriblement concret pour nous autres humains qui nous voyons inéluctablement vieillir, le Temps a fasciné au moins autant que la nature divine du Monde. C’est pourquoi son histoire est au moins autant celle des horlogers célèbres que des mécanismes étonnants qu’ils ont livrés à l’humanité.

Ce n’est pas surprenant qu’il faille remonter jusqu’à l’Égypte antique, autour du XVe siècle avant J.-C., pour trouver trace du tout premier cadran solaire, un instrument d’une remarquable confection qui permet d’indiquer l’écoulement de la journée en suivant le parcours céleste de l’astre diurne, à l’aide d’un gnomon. L’existence de tels cadrans est ensuite attestée dans plusieurs régions du monde, et notamment en Grèce hellénistique.

Une fois que l’homme s’est entiché de cet étrange projet – maîtriser l’intangible Temps – il conçoit des mécanismes de plus en plus évolués. Si le cadran solaire voit son fonctionnement assujetti à la présence effective du Soleil, d’autres instruments se proposent de mesurer des durées sans avoir à attendre que le bel Apollon daigne quitter son repère. C’est le cas de la clepsydre, ou horloge à eau, qui offre d’apprécier des durées brèves avec une précision plus que satisfaisante. C’est le cas également de l’horloge à feu, dont des traces de l’utilisation remontent jusqu’au VIe siècle avant notre ère, du côté de l’Extrême-Orient.

Des horloges aux montres

Aussi remarquables soient-ils, ces mécanismes restent forcément limités, les uns à la bonne volonté du Soleil, les autres à la seule mesure des durées plutôt qu’à la capture d’un Temps absolu. Il faut attendre le XIVe siècle pour que l’Europe médiévale fasse un bond en avant dans la manufacture des garde-temps, avec l’invention puis l’installation des premières horloges astronomiques, qui visent en même temps à informer sur les horaires des services religieux ou des événements publics, et à offrir une vision mécanique du système solaire, évidemment inspirée du modèle de Ptolémée.

S’ensuit une période cruciale de l’histoire de l’horlogerie, qui voit les artisans français, puis suisses, chercher à développer les systèmes existants et à les miniaturiser, jusqu’à les faire tenir sur les tables de l’aristocratie. L’horloge médiévale devient bientôt un objet de prestige, aussi raffiné que pratique, pensé moins pour capturer une portion du temps que pour décorer les intérieurs. Cette ambition de la miniaturisation va pousser jusqu’à la confection des premiers modèles de garde-temps à complications et des montres de poches, modèles imaginés pour impressionner les cours royales et pour conférer de la notoriété aux maîtres-horlogers. C’est là, au creux de l’Europe du Moyen Âge, que l’histoire de l’horlogerie devient, à proprement parler, l’histoire des montres.

De la Renaissance jusqu’à l’aube du monde moderne

La période de la Renaissance voit l’aboutissement de ce mouvement qui transforme les horloges en montres. C’est aussi à cette époque que le centre de gravité de l’horlogerie européenne se déplace progressivement du côté de la Suisse et de l’Angleterre, oscillant d’une nation à l’autre, tandis que la France, à la faveur de la révocation de l’Édit de Nantes, voit fuir une majeure partie de ses artisans horlogers les plus brillants. Genève et Londres ont beau être concurrentes en matière de garde-temps, elles ont contribué ensemble à la mise en route d’une histoire des montres modernes, en faisant entrer ces mécanismes dans l’ère de la précision.

Mais sans doute l’histoire de l’horlogerie n’eût-elle pas été la même sans l’appétence des cours européennes pour les pendules de marine. Au XVIIe siècle, le monde est encore jeune et demande à être découvert. Même si les dangers des océans n’ont pas empêché de grands explorateurs de s’embarquer, tous les navigateurs de l’époque conviennent que les déplacements maritimes seraient bien plus aisés s’il leur était possible de calculer leur longitude à tout instant. Motivés par la promesse d’une reconnaissance nationale (et par la perspective d’une prime royale), les meilleurs esprits du temps s’attèlent à concevoir une horloge de marine parfaite. C’est la première étape d’une course à la précision mécanique qui ne s’arrêtera plus.

Comme de nombreux secteurs où l’invention s’allie au commerce, celui de l’horlogerie n’échappe pas à la vague d’industrialisation qui touche la planète au XIXe siècle. Avec la mécanisation du travail, rendue possible par le développement des machines-outils, et la division des tâches, l’Europe entre dans une période d’industrialisation de l’horlogerie. L’horlogerie du XIXe siècle tend vers la mécanisation, et nul ne peut s’y soustraire… Pas mêmes les artisans suisses qui s’engagent dans cette voie non sans y avoir été poussés par les États-Unis, où la Révolution industrielle de l’horlogerie a pris racine.

L’histoire des montres depuis le XXe siècle

L’apparition de la montre-bracelet détermine le moment de l’entrée dans l’horlogerie du XXe siècle. La montre à gousset, bijou fidèle des classes aisées, est petit à petit remplacée par des modèles qui s’attachent autour du poignet, jusqu’à ce que la fin du premier conflit mondial relègue la première à l’état d’antiquité. Désormais, le garde-temps se porte en bracelet et s’emmène partout – dans les voitures de course, dans les cockpits d’avion, et jusqu’aux points les plus extrêmes du globe, où les montres accompagnement fidèlement nos plus courageux explorateurs.

En passant de l’histoire des horloges à l’histoire des montres, la quête humaine du Temps a toujours conservé sa particularité artisanale : la conception des mécanismes se fait à la main, dans des ateliers, par des spécialistes. Or, au XXe siècle, pour la première fois, cette conception de l’horlogerie comme artisanat est remise en cause, lorsque l’industrie japonaise présente un premier modèle de montre à quartz, fabriquée à la chaîne par des machines. L’alliance d’un mécanisme nouveau (donc séduisant) et d’un prix réduit permet au plus grand nombre d’accéder à l’objet-montre, et plonge la Suisse dans une terrible crise du quartz autour des années 70. Il faudra à la confédération helvétique adopter une stratégie marketing innovante pour s’extraire de ce piège et remonter doucement la pente.

Mais, depuis, le paysage a invariablement changé. Au troisième millénaire, l’histoire des montres se confond avec celle du progrès technologique : les mécanismes sont toujours plus petits et les montres toujours plus performantes. Aujourd’hui, le monde des garde-temps fait osciller ses aiguilles entre deux pans du même cadran : d’un côté, des objets qui cherchent à intégrer les technologies les plus récentes (comme les montres connectées) ; et de l’autre, des mécanismes encore produits à la main, avec le goût de l’artisanat, pour un public qui goûte le luxe et l’exception. Finalement, le monde n’est-il pas assez grand pour les contenir tous les deux ?